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 Poésie

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anémone
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MessageSujet: Re: Poésie   Sam 17 Nov - 17:58

marie-josé a écrit:
renal a écrit:
Très beau Rose, tu mets un peu de chaleur dans cet automne un peu gris. Merci. Tes poèmes sont toujours aussi beaux. !!!!

merci Nicole flower OK
encore !!
L'automne est vraiment la saison des couleurs merveilleuses, en ce moment la campagne bretonne rougit, se pare de roux, de jaune, d'ocre, c'est un régal pour les yeux.
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marie-josé
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MessageSujet: Re: Poésie   Lun 19 Nov - 17:43

l'automne

Les feuilles mortes qui m'emportent
Dans un univers joyeux.
Peu importe,ces couleurs fortes,
ces rouges et jaunes,
me rendent heureux.

Dans le ciel sombre qui fait de l'ombre,
les arbres brûlent de mille feux.
La nature se repose de là ma prose
L'automne arrive dans nos milieux.


Rose
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renal
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MessageSujet: Re: Poésie   Lun 19 Nov - 18:21

cheers cheers cheers cheers Merci Rose !!!!!
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renal
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MessageSujet: Re: Poésie   Sam 24 Nov - 8:03

Il n’y a qu’à vouloir

Je voudrais t’aimer
De pain blanc
De four tiède
De cire d’abeille.

T’aimer
De fleur sauvage
De miel clair
De thym et de lavande


T’aimer de rosée du matin
D’aubépine à midi
Et d’ombre propice le soir.

Pour que toutes nos journées
Soient au comble de toi
Et choses si simples
Forment l’évidence
Qu’il fait simplement bon près de toi

Claude Haller (extrait de « poème du petit matin »

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Nelly
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MessageSujet: Re: Poésie   Sam 24 Nov - 16:52

renal a écrit:
Claude Haller (extrait de « poème du petit matin »
C'est même agréable le soir... Wink
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renal
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MessageSujet: Re: Poésie   Sam 15 Déc - 17:19

Il arrivait parfois ….

Il arrivait parfois que ma mère,
Après avoir coupé le pain
Et mis sur la table les verres
Sa cachât les yeux dans les mains.

D’abord, nous ne remarquions rien,
Mais brusquement, entre les doigts,
Une larme coulait à terre,
Et nous nous regardions, pantois.

Personne n’osait parler.
Et, surprise par le silence
Que semblait répandre la lampe,
Ma mère, comme réveillée

D’un étrange songe intérieur,
Baissait les mains et, souriant
De nous voir émus, balbutiait :
« Oh ! Ce n’est rien », sans que jamais
Nous n’ayons su si c’était vrai.

Maurice Carême
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renal
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MessageSujet: Re: Poésie   Sam 15 Déc - 17:20

Au creux de l’ombre

Pour épargner l’huile et la mèche,
On n’allumait jamais la lampe
Avant que le soir, bien à l’aise
Se fût installé dans la chambre.

Le buffet était le premier
A entrer sans façon dans l’ombre
Qui allait faire ressembler
La cuisine à un autre monde.

Puis c’était la table où les bols
De lait mettaient une pâleur
Etrange et pleine de douceur
Où semblaient passer des lucioles ;

Par les fentes de son couvercle,
Le poêle, comme un magicien,
Faisait naître partout des cercles
Scintillants et mourant sans fin.

De ma mère, je ne voyais
Plus que les mains continuant
Malgré l’obscurité croissant
A faire ce qu’elle devait.

Et, tranquille, je restais là
Si bien caché au creux de l’ombre
Que l’on aurait pu me confondre
Avec tout ce qui était là.

Maurice Carême

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marie-josé
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MessageSujet: Re: Poésie   Sam 15 Déc - 18:41

merci Nicole,

où étais tu ces dernier temps?
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renal
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MessageSujet: Re: Poésie   Sam 15 Déc - 20:53

A la maison, mais assez occupée, avec le caté, le travail et fatiguée par un gros rhume. sinon tout vas bien. Je serais là lundi sur le forum, pour te faire de gros gros bisous.

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stip
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MessageSujet: Re: Poésie   Dim 16 Déc - 9:32

renal a écrit:
A la maison, mais assez occupée, avec le caté, le travail et fatiguée par un gros rhume. sinon tout vas bien. Je serais là lundi sur le forum, pour te faire de gros gros bisous.

2 merveilleux textes, ma grande!
C'était toujours un plaisir pour moi, quand une instit choisissait Maurice Carême pour récitation ..... On en avait 2 par mois environ.
En plus (je jure que c'est vrai ) ce qui ajoutait au plaisir était son nom.
il m'évoquait l'époque des crêpes Laughing dans la chaleur de notre appartement, un moment de l'année privilégié.
C'eût été plus évident avec un prénom comme :--D: ...... Sami mais avec Maurice, ça le fait aussi, comme disent les gosses.
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renal
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MessageSujet: Re: Poésie   Dim 16 Déc - 12:22

En effet Stip, c'est un grand Monsieur.!!

Les hauts peupliers

Mon père aimait les chênes ;
Ma mère les sorbiers,
Moi, j’aimais les fontaines
Et les hauts peupliers.

De ma chambre d’enfant,
Je les voyais jouer
Comme des lévriers
Avec le chat du vent.

Leurs jeux, dans le soleil,
Jetaient sur mon cahier
Des ombres mordorées
Et des morceaux de ciel.

Ce qu’ils devenaient calmes
Lorsque tombait le soir !
Sur leurs branches étales,
Ils prenaient des étoiles.

Et tout en les berçant,
Me berçais si longtemps
Qu’à mon tour, en rêvant,
Je me voyais, jouant,
Etoile dans le vent.

Maurice Carême
extrait de « Souvenir »
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renal
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MessageSujet: Re: Poésie   Mar 18 Déc - 8:24

Carillons de Noël

Le vieux sonneur monte au clocher,
Jusqu'aux meurtrières béantes
Où les corneilles vont nicher,
Et, chétif, il vient se percher
Au milieu des poutres géantes.

Dans les ténèbres où ne luit
Qu'un falot pendant aux solives,
II s'agite et mène grand bruit
Pour mettre en danse cette nuit
Les battants des cloches massives.

Joyeuses, avec un son clair,
Les voix des cloches, par le faîte
Des lucarnes, s'en vont dans l'air
Sur les ailes du vent d'hiver,
Comme des messagers de fête.

Noël ! Noël !... Sur les hameaux
Où les gens rentrent à la brune,
Sur les bois noirs et sur les eaux
Où tout un peuple de roseaux
Frissonne au lever de la lune,

Noël !... Sur la ferme là-bas,
Dont la vitre rouge étincelle,
Sur la grand'route où, seul et las,
Le voyageur double le pas,
Partout court la bonne nouvelle...

Oh ! ces carillons argentins
Dans les campagnes assombries,
Quels souvenirs doux et lointains,
Quels beaux soirs et quels doux matins
Ressuscitent leurs sonneries !

Jadis ils me versaient au cœur
Une allégresse chaude et tendre
J'ai beau vieillir et passer fleur,
Je retrouve joie et vigueur,
Aujourd'hui, rien qu'à les entendre...

Et cette musique de l'air,
Cette gaîté sonore et pleine,
Ce chœur mélodieux et clair
Qui s'en va dans la nuit d'hiver
Ensoleiller toute la plaine,

C'est l'œuvre de ce vieux sonneur
Qui, dans son clocher solitaire,
Fait tomber, ainsi qu'un vanneur,
Cette semence de bonheur Sur tous les enfants de la terre.

André Theuriet



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anémone
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MessageSujet: Re: Poésie   Mar 18 Déc - 10:17

Merci Nicole, toujours à la recherche de beaux textes...
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MessageSujet: Re: Poésie   Dim 30 Déc - 18:30

SOIR D'AUTOMNE

Que de choses restaient à faire
Lorsque venaient les feuilles mortes !
S'asseoir sur le seuil de la porte
Était défendu à ma mère.

Mais il arrivait que l'automne
Fasse ressembler notre rue,
Distillant sa lumière jaune,
À une étonnante cornue.

Ma mère aimait cette atmosphère
De soir tombant dans la rue calme
Où l'on sentait que les étoiles
Ne demandaient plus qu'à paraître.

Assis par terre, tout près d'elle,
La tête contre son genou, Je regardais rosir le ciel
Que désertaient les hirondelles.

Et j'écoutais battre mon cœur
Comme devait battre le sien
Comblé d'un étrange bonheur
Qui ne tenait à presque rien.

Maurice Carême (extrait de souvenir)
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MessageSujet: Re: Poésie   Dim 30 Déc - 18:31

SUR LE CIEL ÉCARLATE

Oui, les maisons étaient trop vieilles ;
Les escaliers, trop hauts,
Mais nous avions dans les oreilles
Mille chansons d'oiseaux.

Oui, les chemins étaient trop longs
Et criblés de poussière,
Mais, devant nous, les horizons
Frissonnaient de lumière.

Oui, nos souliers étaient trop lourds;
Nos besaces, trop plates,
Mais nous voyions au loin les tours
Briller ainsi que des visages
Sur le ciel écarlate.

Maurice Carême (extrait de souvenir)

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Morgan Kane
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MessageSujet: Re: Poésie   Dim 30 Déc - 20:38

LA CANAILLE



Paroles : Alexis Bouvier
Musique : Joseph Darcier
Editeur : Vieillot

Cette chanson a été rendue célèbre par la Commune de Paris en 1871.


Dans la vieille cité française
Existe une race de fer,
Dont l’âme comme une fournaise
A de son feu bronzé la chair.
Tous ses fils naissent sur la paille,
Pour palais, ils n’ont qu’un taudis.
C’est la canaille !
Eh bien ! j’en suis !

Ce n’est pas le pilier du bagne ;
C’est l’honnête homme dont la main
Par la plume ou le marteau gagne,
En suant, son morceau de pain.
C’est le père, enfin, qui travaille
Les jours et quelquefois les nuits.
C’est la canaille !
Eh bien ! j’en suis !

C’est l’artiste, c’est le bohème
Qui, sans souper, rime rêveur
Un sonnet à celle qu’il aime,
Trompant l’estomac par le cœur.
C’est à crédit qu’il fait ripaille,
Qu’il loge et qu’il a des habits.
C’est la canaille !
Eh bien ! j’en suis !

C’est l’homme à la face terreuse,
Au corps maigre, à l’œil de hibou,
Au bras de fer à main nerveuse
Qui sortant d'on ne sait pas où,
Toujours avec esprit vous raille,
Se riant de votre mépris.
C’est la canaille !
Eh bien ! j’en suis !

C’est l’enfant que la destinée
Force à rejeter ses haillons,
Quand sonne sa vingtième année,
Pour entrer dans nos bataillons.
Chair à canon de la bataille,
Toujours il succombe sans cris…
C’est la canaille !
Eh bien ! j’en suis !

Ils fredonnaient la Marseillaise,
Nos pères, les vieux vagabonds,
Attaquant en quatre-vingt-treize
Les bastilles dont les canons
Défendaient la vieille muraille !
Que de trembleurs ont dit depuis :
« C’est la canaille ! »
Eh bien ! j’en suis !

Les uns travaillent par la plume,
Le front dégarni de cheveux.
Les autres martèlent l’enclume,
Et se soûlent pour être heureux ;
Car la misère, en sa tenaille,
Fait saigner leurs flancs amaigris...
C’est la canaille !
Eh bien ! j’en suis !

Enfin, c’est une armée immense,
Vêtue en haillons, en sabots.
Mais qu’aujourd’hui la vieille France
Les appelle sous ses drapeaux,
On les verra dans la mitraille,
Ils feront dire aux ennemis :
C’est la canaille !
Eh bien ! j’en suis !

Patrie et Révolution ne sont pas incompatibles ....

_________________
Tout smouales étaient les borogoves
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MessageSujet: Re: Poésie   Mar 1 Jan - 18:46

L’enfant des bonheurs sans raison

Je voudrais ne laisser de moi
Que l’image de cet enfant
Qui regardait durant des heures
Sur les plumes d’or des faisans,
Enfant aux lanternes magiques
Qui faisaient naître sur les murs
Des arabesques de verdures
Et de beaux visages bibliques,
Enfant du vent aux hirondelles,
Du pain frais qui sentait si bon,
Des jeux repris à la chandelle,
Enfant des bonheurs sans raison
Qui croyait sa mère éternelle.

Maurice Carême
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MessageSujet: Re: Poésie   Jeu 3 Jan - 18:33

Je dépose ce poème pour tous les poètes du forum, il est vraiment beau.

J’écris

Lorsque j’étais enfant
Fallait-il être fou !
J’écrivais sur un banc
Des lettres au coucou.

A vingt ans, le bel âge !
Les hommes sont naïfs,
Je gravais dans les arbres
Des prénoms au canif.

A trente, émerveillé
De me croire poète,
Je couvrais mes cahiers
De strophes imparfaites.

A quarante, déjà,
Je me pris par la main.
Je voudrais être moi ;
Je me cherchais en vain.

A cinquante, c’est Dieu
Qui vint me tourmenter
J’ai alors essayé
De faire ce qu’Il veut.

A soixante, le doute
Me reprit la gorge.
J’œuvrais comme l’on forge
Le fer que l’on redoute.

Maintenant, assagi,
Humblement, comme on prie,
J’écris sur les genoux
Ce que le cœur me dit.

Maurice Carême (extrait de « Souvenir »)

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MessageSujet: Re: Poésie   Sam 12 Jan - 17:34

Va mon âme

Va, mon âme, prends ta chandelle.
Tu la rencontreras, ma mère,
Marchant, humble comme naguère,
Dans l’avenue des Acacias.
Toi qui vois ce que nul ne voit,
Mon âme, tu me conteras
D’où elle vient, où elle va,
Et si son sourire est toujours
Celui-là qu’elle avait pour moi
Quand je lui parlais à mi-voix
Du bol de lait qui, sur la table,
Me faisait trouver ineffable
L’image même du destin
Inscrit aux lignes de mes mains.

Maurice Carême (extrait de « Souvenir »)

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MessageSujet: Re: Poésie   Ven 18 Jan - 6:30

Nuit de neige

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte, Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes. L'hiver s'est abattu sur toute floraison.
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées.
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.
Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur œil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

Guy de Maupassant (extrait de 100 récitations de notre enfance)

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MessageSujet: Re: Poésie   Ven 18 Jan - 10:17

joli, merci Nicole
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MessageSujet: Re: Poésie   Ven 18 Jan - 10:58

Merci Nicole, très beau, même si j'ai horreur de la neige !
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MessageSujet: Re: Poésie   Mer 23 Jan - 8:54


Au cœur du silence

La plaine était immense
Et immense, les bois,
J’y passais mes vacances
Comme sur un trois-mâts.
Dans la hune des branches,
J’abordais quelque fois
Au cœur bleu du silence.
Et je demeurais là
Au milieu des mésanges
Qui retenaient leur voix
Sans comprendre pourquoi
J’étais si malhabile
A lire l’évangile
D’un humble bout de bois.

Maurice Carême extrait de « Souvenirs »

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MessageSujet: Re: Poésie   Mer 23 Jan - 8:56

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MessageSujet: Re: Poésie   Mar 5 Fév - 11:28

Jeanne était au pain sec…

Jeanne était au pain sec dans le cabinet noir,
Pour un crime quelconque, et, manquant au devoir,
J'allai voir la proscrite en pleine forfaiture,
Et lui glissai dans l'ombre un pot de confiture
Contraire aux lois. Tous ceux sur qui, dans ma cité,
Repose le salut de la société,
S'indignèrent, et Jeanne a dit d'une voix douce:
-Je ne toucherai plus mon nez avec mon pouce;
Je ne me ferai plus griffer par le minet.
Mais on s'est récrié: - Cette enfant vous connaît;
Elle sait à quel point vous êtes faible et lâche.
Elle vous voit toujours rire quand on se fâche.
Pas de gouvernement possible. À chaque instant
L'ordre est troublé par vous ; le pouvoir se détend ;
Plus de règle. L'enfant n'a plus rien qui l'arrête.
Vous démolissez tout. -
Et j'ai baissé la tête, Et j'ai dit: -Je n'ai rien à répondre à cela,
J'ai tort. Oui, c'est avec ces indulgences-là
Qu'on a toujours conduit les peuples à leur perte.
Qu'on me mette au pain sec.
-Vous le méritez, certes,
On vous y mettra. -
Jeanne alors, dans son coin noir,
M'a dit tout bas, levant ses yeux si beaux à voir,
Pleins de l'autorité des douces créatures : -
Eh bien, moi, je t'irai porter des confitures.

Victor Hugo (L’art d’être Grand Père)
(extrait du livre « Les enfants en poésie »)
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MessageSujet: Re: Poésie   

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Poésie
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